En GS

Contrairement à ce qu’on croit souvent, la GS n’est pas l’année de l’écrit, par opposition aux autres niveaux qui seraient essentiellement ceux du travail oral. Il faut travailler les deux.
Dans l’aventure de la fausse classe (pages 221 – 225), en dehors des moments d’écriture, les enfants entendent beaucoup de récits. Ceux des livres mais aussi ceux de la maîtresse qui a inventé, chez elle, la petite histoire de Prela, l’aventure de Dikel et Kami… Ces « faux enfants » sont devenus des personnages de fiction et les enfants le savent. Cela explique par exemple l’écriture autonome de Lucas (page 243): c’est bien une aventure de fiction.

A propos de la classe fictive

Objectif 8. Voici les progrès de Azhar dans cette classe en REP. Cette année-là, la maîtresse est seule dans l’école à travailler dans l’objectif de découverte du Principe Alphabétique. C’est dire qu’aucun des enfants ne l’a faite en arrivant en GS.
Le premier tracé date de novembre. Le dernier a lieu en Mars.

Azhar-encodages1-2

Azhar-encodages3-4

Azhar-encodages5-6

Azhar-encodages9-10

Azhar-encodages11-12

Progrès d’encodage de cet enfant, entre Novembre et Mars de l’année de GS.

Ordre des séances Prénom fictif qu’il faut essayer d’écrire Tracé de l’enfant
1 Lulu EAR
2 Mana pas de tracé
3 Sina CEPRFLIHNNOI
4 Dumon IMN
5 Falou FERPHAZ
6 Prela PDFBR
7 Jore NAHIR
8 Julia J (à l’envers) ULIA
9 Dikel DKL

puis DIKLE avec le L inséré entre K et E

10 Kami KMI
     

Prenons le point de vue de cet enfant, qui s’appelle Azhar. Ses progrès témoignent d’un cheminement avec des prises de conscience :

  • d’abord celle de la composante motrice et visuelle de notre écrit. Il faut des E, des A, des R, comme sur l’étiquette de mon prénom (réponse 1).
  • il faut plus de ces signes (réponse 3)
  • il faut s’auto-répéter le prénom à écrire pour distinguer le premier son (réponse 5 avec le F initial et 6 avec le P initial)
  • il faut s’auto-répéter le prénom à écrire pour distinguer tous les sons qui le composent (réponse 8)
  • et même, il ne faut pas en oublier et les transcrire à leur place dans ce qu’on entend (réponse 9 avec le tâtonnement pour transcrire « kel »).

A la dixième séance, en Mars, l’objectif 8 est atteint.
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Autre outil pour viser la découverte du Principe Alphabétique

Dans le fichier Apprentissages progressifs de l’écrit à l’école maternelle (Auteurs PROG & Brigaudiot, Hachette 2000), figuraient des « jeux-problèmes » qui faisaient réfléchir les enfants. Ce fichier n’existe plus mais des maîtres l’utilisent encore ou me le demandent. J’ai donc décidé de mettre ici en ligne la situation appelée « Perroquet » qui permet un essai d’écriture collectif à partir d’une histoire que j’avais écrite. Ici j’ai ajouté d’autres histoires, toutes très courtes et finissant par une onomatopée qui est la commande d’écriture.
Dans l’ordre:
– on explique aux enfants qu’on va lire une petite histoire qu’on a inventée (on leur montre la feuille pour ne pas qu’ils s’attendent à une grande histoire illustrée) et qu’après, on leur demandera des choses
– on lit
– on leur demande de dessiner XX (l’objet de la situation finale de l’histoire) et on les aide (car n’est pas un concours de dessin), on valorise tous les dessins et on les regarde
– on leur rend leur feuille et on leur demande d’essayer d’écrire WW (onomatopée dite lentement, avec l’intonation).
La suite est toujours la même: vous choisissez 2 ou 3 exemples chez vous, vous rendez les feuilles aux enfants, vous faites les démonstrations V.I.P. devant eux (en bruitant bien sûr) et ils copient la forme normée en l’encadrant pour servir de référence.
L’idéal est d’avoir une dizaine d’essais d’écriture pour voir si des enfants progressent vers la découverte du P.A. Si les enfants s’en lassent, il faut arrêter et choisir une autre situation.
Ces histoires peuvent être aussi utilisées en atelier avec les enfants prioritaires, ceux qui n’ont pas « passé le mur du son » après le cycle de la classe fictive. A vous de choisir alors un encodage « simple ».

Histoire 1

Le perroquet de Jojo

C’était un dimanche, toute la famille Ledoux était très contente. C’était l’anniversaire du garçon, Joseph Ledoux. Ses parents l’appelaient Jojo et, aujourd’hui, il avait 5 ans.
Monsieur et Madame Ledoux apportèrent une grand boîte à Jojo. C’était son cadeau. Jojo se dépêcha de l’ouvrir et il poussa un cri de joie: c’était un perroquet de toutes les couleurs, dans une belle cage. Jojo l’installa et dit qu’il allait le faire parler.
Il commença en disant au perroquet:
– Je m’appelle Jojo! Jojo! Répète!
Mais le perroquet ne dit rien. Le lendemain le lundi, Jojo pensa qu’il fallait essayer autre chose. Alors il lui dit toute la journée:
– Tu es beau!, très beau! très beau! Répète!
Mais le perroquet ne dit rien. Le troisième jour, en lui tendant un biscuit, Jojo demanda au perroquet:
– Tu veux un gâteau? un gâteau? un gâteau? Répète!
Mais le perroquet ne dit toujours rien.
Au bout d’une semaine, Jojo était tellement furieux qu’il dit au perroquet:
– J’ai décidé de te rapporter au magasin, je ne te veux plus parce que tu ne dis pas un mot!
Et alors le perroquet dit:
– Momo! momo!

Voilà le dessin et l’essai d’écriture de Charles en GS, l’enfant dont je fais le suivi sur ce site. Il a écrit en partant du bec puis a ajouté la « bulle ». Il a également écrit, en bas de la feuille, le titre de l’histoire: Le perroquet de Jojo.

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Histoire 2

Une aventure de Caroline

Caroline est une petite fille très maligne. Elle aime bien inventer des choses . Cette semaine elle a décidé d’inventer des jeux à elle. Personne ne pourrait avoir son idée tellement ses jeux seraient rigolos.

Elle a commencé dimanche. Sans rien dire à sa maman, elle a sorti sa grosse boite de légos et elle a fait un chemin par terre, en légos ! Elle a commence dans sa chambre, elle a continué le chemin dans la cuisine et elle a continué au salon. Ensuite elle a fait tourner le chemin vers la salle de bain et elle l’a fait revenir dans sa chambre. Mais au bout d’un moment sa maman s’est levée de son bureau et aie ! elle a écrasé un légo : Caroline s’est fait un peu gronder et sa ma maman lui a dit « ah Caroline est une coquine ! ».

Mercredi, comme elle n’allait pas à l’école, elle a réfléchi longtemps pour trouver un nouveau jeu . Et elle a trouvé. Elle a sorti tous ses vêtements des meubles de sa chambre et elle les a triés par couleur. Le pull rouge avec le maillot de bain rouge, l’écharpe bleue avec des culottes bleues et elle a fait des piles de couleurs. Il y en avait plein son lit ! C’est à ce moment là que son papa est rentré dans sa chambre : « ah mon Dieu mais qu’est-ce que tu as fait ? ». Et Caroline a répondu « j’ai bien rangé, avec les couleurs ». Son papa lui a dit qu’elle était vraiment coquine et il a tout rangé en lui demandant de ne pas recommencer.

Aujourd’hui c’est dimanche. Elle pense qu’elle va trouver un super-jeu et en regardant sa chambre, elle a une idée, elle va faire une tour la plus haute du monde. Elle commence par poser 2 grands livres l’un sur l’autre sur la table. Ensuite elle en pose par-dessus 2 autres un peu moins grands, et encore 2 autres un peu moins grands. Il faut rajouter quelque chose. Elle prend des cubes et en pose un, encore un, encore un. La tour est si haute qu’elle est obligée de monter sur sa chaise pour poser le dernier cube tout en haut. Doucement, doucement, ça y est, elle a réussi.
Caroline descend de sa chaise et elle est vraiment contente de sa tour. Mais il manque quelque chose tout en haut. Elle va chercher dans ses peluches un petit ours qu’elle aime beaucoup. Elle remonte sur la chaise et le pose doucement… BADABOUM !!

Dessin et écriture de Charles

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Histoire 3

Une surprise

C’est l’histoire d’un petit garçon qui passait ses vacances chez sa grand-mère. Il adorait aller chez elle parce qu’elle habitait dans une grande maison à la campagne. Lui qui vivait dans un petit appartement en ville, ça le changeait beaucoup.

Il allait partout dans la maison parce qu’il y voyait beaucoup de choses: dans le garage, il voyait une vieille voiture (même si elle ne marchait plus), dans l’écurie, il voyait les auges pour nourrir des moutons (même s’il n’y avait plus d’animaux). Il aimait encore plus monter au deuxième étage dans le grenier. Il y trouvait des chaises, des tableaux, des vieux jouets et même des objets qu’il ne connaissait pas. Comme cette grosse montre, avec des chiffres et des aiguilles qui ne bougeaient pas. Elle était bien plus haute que lui, sur un grand pied. Il levait la tête pour bien la voir.

Un soir, il demanda à sa Mamie: « Qu’est-ce que c’est la grosse montre, plus grande que moi, qui est au grenier? ». Et elle lui dit: « c’est une pendule, avant elle nous disait l’heure, mais elle ne marche plus parce qu’elle est vieille ». Alors le garçon partit se coucher en rêvant que la pendule se remettait à marcher et bougeait ses aiguilles.

Et pendant qu’il dormait, deux petites souris qui avaient vu l’enfant devant la pendule, décident de la réparer. Elles démontent tout et remontent tout, elles travaillent toute la nuit.

Le lendemain matin, l’enfant monte vite au grenier pour revoir la pendule. Et surprise!!, les aiguilles avancent et là, il entend « tic tac! tic tac! tic tac! ».

Chef d’oeuvre de Charles:



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Histoire 4

L’histoire des 2 coqs

Louise habitait dans une ferme et elle adorait tous ses animaux. Mais l’animal qu’elle préférait était le coq. Il avait une belle crête et dans sa belle queue, il y avait des plumes rouges et bleues. Elle l’appelait Paul. Elle allait souvent lui dire qu’elle aimait bien l’entendre le matin quand il chantait pour dire à tout le monde de se réveiller.

Mais un jour, sa maman la fermière lui dit : « tu sais Louise, je trouve que le coq est un peu triste depuis quelque temps. Je ne sais pas pourquoi mais il mange moins et surtout il ne chante presque plus le matin. Je vais essayer quelque chose : je vais acheter un autre coq ». Elle alla au marché, acheta un beau coq et le ramena à la ferme dans une boîte. « Regarde, dit-elle à Louise, voilà un copain pour Paul. Celui-là a une queue avec des plumes marron et vertes. Et c’est un coq espagnol, la vendeuse m’a dit qu’il chanterait peut-être dans sa langue. En espagnol, pour dire cocorico on dit quiquiriqui ».

Louise trouva ça très bizarre mais elle décida de donner un prénom espagnol au nouveau coq : elle lui dit « bonjour nouveau coq, tu es bien beau, je vais t’appeler Pablo » et elle l’amena voir Paul.
Les 2 coqs se regardaient, Paul le rouge et bleu, et Pédro, le marron et vert. Ils avaient l’air d’être contents. Et le soir, tout le monde alla se coucher tranquillement dans le poulailler.

Le lendemain matin, la maman dit à Louise : « il y a eu une grande tempête cette nuit, avec du vent et de la pluie qui a emporté la fenêtre du poulailler, j’espère que les poules et les coqs n’ont pas eu froid. Sinon, ils vont être enrhumés. Va les voir ».
Alors Louise courut au poulailler, ouvrit la porte, laissa sortir tous les animaux et dit aux 2 coqs : « c’est le matin, allez Paul, dit cocorico, allez Pablo, dit quiquiriqui ».
Mais les 2 beaux coqs, qui avaient une angine, se mirent à chanter, avec beaucoup d’efforts : Paul dit o o i o et Pablo dit i i i i.

Julien, avril MS
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Histoire 5

Le poussin

Madame Poule était très contente de son nouveau poussin : il mangeait bien, courait bien et dormait bien. Elle lui apprenait à parler en lui disant Bra-vo ! quand il faisait tout ça. Et elle avait remarqué que lorsqu’elle lui disait Bra-vo !, il répétait en disant piou-piou ! Parfait, pensa madame Poule, il compte les morceaux de mots, bravo, 2 syllabes et pioupiou, 2 syllabes.
Alors elle se dit qu’elle pouvait essayer quelque chose. Un matin elle lui apporta une assiette avec des graines et lui dit « pe-tit ma-ïs », c’est bon pour toi, pe-tit-ma-ïs ! et elle attendit pour voir si Poussin répétait et il répéta ; piou piou piou piou. Parfait pensait Madame Poule, il apprend vraiment à parler.
Et chaque jour, Poussin disait piou piou piou piou et sa maman lui donnait petit maïs.
Mais un jour, le poussin commença à moins manger. Madame Poule se dit qu’il n’aimait plus ce qu’elle lui donnait à manger. Alors, qu’est-ce qu’elle pourrait lui donner ? il était encore un bébé ! Et elle eut une idée : du blé ! elle en mit dans son assiette et dit à Poussin : « regarde, c’est pour toi, ble ! c’est bon, blé ! ». Poussin mangea un grain et sauta de joie en criant Piou ! Il aimait le blé.



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Le poussin de Charles. Il écrit puis dit: il manque « ille » et je sais pas ‘écrire.
Il s’agit de la semi-voyelle que nous avons du mal à entendre parce qu’elle ne correspond pas à une lettre et que, étant alphabétisés, nous ne pouvons nous empêcher de « voir de l’écrit ». Ce qui m’intéresse ici est que l’on n’entend pas de i dans piou et Charles entend le bon phonème [j] que l’on trouve aussi bien dans « soleil » que dans « voyons » ou dans « mien ». Quand vous écrirez la bonne orthographe, vous direz « piou », une seul syllabe et j’écoute les bruits, [p-j-u], j’écris la lettre P, et « iou » on l’écrit i, O, et U. Sans allez plus loin.
Vous pouvez aussi décider que le cri du poussin sera autre: pi, ou pou, ou pu…
Et si vous vous voulez plus d’histoires, écrivez-les!! Avec Coa, meu, abracadabra, gron….