Objectif 6

Objectif 6 : Découvrir la fonction de l’écrit

A l’origine de cet objectif il y a la recherche INRP META (1993 – 1996). Elle était longitudinale, avec le suivi de nombreuses classes de la PS au CM2. Elle visait à explorer les possibilités des enfants de prendre du recul :
– sur leurs propres activités langagières, à l’oral et à l’écrit,
– sur des phénomènes de la langue de l’école, le français.
Il s’agissait donc d’exploration de conduites métacognitives.
Dans ce cadre, et pour l’écrit, une de nos grandes découvertes a été de constater que les enfants que nous considérions comme prioritaires dans les classes avaient tous une extrême difficulté à adresser réellement des messages à une personne absente. Parfois même ils n’y arrivaient pas du tout, par exemple quand ils écrivaient un mot à un copain dans l’école et que pour écrire un nom sur l’enveloppe à mettre dans la boîte aux lettres ils refusaient d’écrire un prénom autre que le leur. Et ça ne les perturbait pas alors qu’ils avaient déjà signé leur message sur la feuille contenue dans l’enveloppe. Il y avait donc un conflit insurmontable entre les traces patentes (écrites) de l’énonciateur et du destinataire, avec une dominance du premier (eux-mêmes) par rapport au second (l’absent au moment de l’écriture). D’où nos très nombreuses séquences de classes avec des messages adressés, écrits par l’enseignant devant les enfants les plus jeunes, puis peu à peu avec prise en charge de l’écriture par les enfants (dictée) jusqu’à leur autonomie.
C’est ainsi qu’est né le problème consistant à inventer un message adressé dans un contexte très précis, connu et intéressant pour les enfants (fiction).
On en trouve des exemples dans mon livre (pages 181-183), par exemple avec l’affiche écrite par le grand cerf pour dissuader le chasseur de pénétrer dans la forêt. Les réponses montrent des très grandes différences entre les enfants.

Comme l’écrit est considéré comme une trace langagière dans le Programme, j’ai décidé d’appeler « fonction de l’écrit » le fait qu’il ne serve qu’à dire quelque chose, à quelqu’un d’absent au moment où on veut lui parler et / ou à soi-même dans un moment à venir (pense-bête).

Je regrette beaucoup de ne pas avoir eu le temps d’expliquer cet enjeu depuis la parution du Programme parce que je le considère comme particulièrement discriminant et décisif en REP, là où les enfants ont peu ou pas d’occasion de voir des adultes s’adresser à quelqu’un par écrit.
J’ai choisi, là aussi, le terme « découverte » pour qualifier cet objectif parce que chez les 3 – 6 ans c’est véritablement une découverte de voir un adulte faire quelque chose à la suite de sa lecture d’un écrit dont il a vu la rédaction :

Ils en font une expérience plus précise encore quand ils sont spectateurs d’une écriture adressée et quand ils constatent eux-mêmes les effets que produisent les écrits sur ceux qui les reçoivent. (Programme 2015).

Dans le contexte d’une classe, ces effets sont innombrables : dès la première rentrée, l’écriture du prénom pour que chacun retrouve ses affaires, tous les messages aux parents, tous les pense-bête de la maîtresse (histoire à re-raconter, matériel à se procurer, sortie à faire, anniversaire à souhaiter, etc). Et puis il y a les effets des écrits sur les enfants eux-mêmes lorsqu’ils leur sont spécialement adressés. C’est le cas de toutes les histoires de fiction pour jeunes enfants. A l’enseignant de leur montrer où il lit et à leur dire qu’ils verront ainsi des images dans leurs têtes et qu’ils y entendront des personnages parler. Quels effets !!

XX

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