Classe fictive

Je reçois beaucoup de questions et de remarques à propos de ce travail spécifique à la GS que j’ai appelé « la classe fictive » et qui a comme seul objectif Découvrir le principe alphabétique (obj 8).

Commençons par un détail pratique pour vous éviter de perdre du temps à créer le tableau de départ avec la maîtresse et les élèves de cette fausse classe. Les silhouettes telles qu’elles sont dans le livre (page 230 de l’édition 2022) ont été achetées sur un site. Vous pouvez les acheter en suivant cette procédure:

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Il s’agit d’un « scénario » d’apprentissage : déroulement d’une séquence scolaire incluant un but, des moyens, des résultats attendus selon les niveaux de la scolarité.

Ce scénario s’intègre dans le Programme 2021 pour l’école maternelle, rubriques Découvrir le principe alphabétique ET Essais d’écritures de mots.

Sur le plan du contenu d’apprentissage, le but est que tous les enfants découvrent la valeur sonore des lettres avant de quitter la maternelle.

Le niveau scolaire du scénario est la grande section mais ce peut être pour une moyenne – grande section à condition que le maître soit très au clair avec les réponses possibles des enfants (attendus).

Les résultats attendus sont des tracés d’enfants que le maître interprète en termes de conception plus ou moins éloignée de la découverte du principe alphabétique. Voir page 216 du livre :

  • enfant très « loin » de la découverte du P.A., par exemple tracés de la page 216 (édition 2022) en haut à gauche avec le message de Manel pour Ceren
  • enfant très « près » de la découverte du P.A., par exemple quand un enfant écrit plein de OOO puis d’autres lettres sans rapport avec la commande l’écriture de Cocorico: il encode déjà un peu de ce qu’il entend
  • enfant qui vient de faire la découverte du P.A., Mathieu page 228 avec la commande du beau ver dodu, Kamil page 229 avec cocorico et Samuel page 242 qui écrit EOT 3 fois pour la commande Toc toc toc
  • enfant qui a fait la découverte du P.A. depuis un certain temps, Célia, Nadir, Roger et Marine avec le beau ver dodu page 228.

Je vais maintenant décrire l’essentiel du contenu et de la forme du scénario.

CONTENU du scénario

  1. il mobilise la valeur symbolique de l’écrit de la manière la plus « évidente » possible pour des enfants. C’est donc un seul mot qu’on va leur demander ‘essayer d’écrire. Ce mot n’est possiblement entendu dans la vraie vie que seul, sans déterminant (« chat » / « un chat »), sans désinence possible (« un chat » / « une chatte »), sans marque du pluriel audible (« un cheval » / «des chevaux »). Ce mot entendu en une seule chaîne sonore correspond à un seul référent dans le monde (il y un chat chez ma Mamie et un chez ma Nounou alors que Jacqueline, c’est sûr, c’est seulement ma Nounou). Le mot commandé est, pour toutes ces raisons, un prénom attribué à un certain personnage..

Pour être encore plus sûr que ce mot est un signifiant univoque, il accompagne un dessin, référence à une personne unique ou à une situation unique.

  1. il mobilise de l’affect chez les enfants. Le prénom sera donc celui d’un enfant, « comme moi ».
  2. s’agissant de commande d’écriture à partir d’une chaîne sonore, il faut que celle-ci soit particulièrement « facile » à entendre, découper, dire, redire. Les prénoms non français ou d’origine non française sont plus simples pour tout ça. Ils évacuent l’audition des « E » dits muets (dans Jacqueline) et se terminent souvent par des voyelles (Sonia, Aziza, Antonina). Ils sont souvent décomposables en Voyelle ou Consonne Voyelle (a – zi- za) ce qui est plus simple à entendre que Consonne Voyelle Consonne (lal dans Bilal).
  3. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte qui décompose une chaîne sonore: d’abord en éléments syllabes puis pour chaque syllabe en éléments phonèmes.
  4. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte alphabétisé qui choisit des signes – lettres : « j’entends [wa] il faut que j’écrive les lettres O et I ».
  5. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte qui trace en utilisant l’écriture de tous les adultes, la cursive et en assemblant des lettres.
  6. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte qui vérifie ce qu’il vient d’écrire en le lisant.
  7. le scénario est un outil fabuleux pour le maître qui obtient facilement un suivi longitudinal des performances de chaque enfant (évaluation).
  8. le scénario est un outil fabuleux pour les enfants qui voient régulièrement le maître expliquer les procédures des enfants en regard de ses propres procédures (I et P de V.I.P.).
  9. le rassemblement des portraits et écritures de chaque enfant dans un classeur ou cahier constitue, pour lui, la preuve de ses progrès et capacités.

FORME du scénario

  1. le scénario est un jeu!!! Surtout pas de forme scolaire. Surtout pas de pression sur les enfants pour qu’ils produisent telle écriture plutôt que telle autre. Surtout pas de concurrence entre enfants qui réussiraient et enfants qui échoueraient. Tous jouent. On regarde tous les résultats. Et on les trouve tous rigolos. Le maître félicite toujours les enfants car ils sont en exploit puisqu’ils essaient de faire quelque chose qu’ils ne savent pas faire (le V de V.I.P.).

La seule différence avec les autres jeux est que la maîtresse rappelle régulièrement aux enfants « ça vous aide à commencer à lire et à écrire !! » (clarté cognitive).

Pour être sûr qu’on est dans du jeu, la commande est insérée dans une histoire de fiction.

  1. comme pour tous les jeux, les enfants ont besoin de jouer souvent et régulièrement (réitération) pour bien comprendre ce que veut la maîtresse.
  2. au fur et à mesure que les enfants jouent à ce jeu, ils anticipent la commande puis les résultats possibles.
  3. l’avancée du jeu est matérialisée par l’évolution de la photo de classe qui est composée des dessins des enfants eux-mêmes et du prénom correspondant. Les enfants se ressentent partie prenante d’un jeu collectif.

classe

Pour fabriquer les prénoms de cette classe qui n’existent pas, il est bon d’en prévoir le plus possible avec des syllabes appartenant aux vrais enfants. Vous ne le dites pas lors de la consigne. Mais quand vous faites la démonstration finale, vous y avez recours devant la classe: alors on doit écrire Fadi, fa – di, ça fait 2 morceaux de mot, le premier c’est fa, fffffffffffff a, on l’entend dans le prénom de fffffffatima, la lettre qui fait fffffff c’est F, je l’écris, comme quand j’écris FA tima...  etc.
Si vous ne savez pas fabriquer les prénoms, envoyez-moi votre liste de prénoms du cahier d’appel avec votre  mail, et je vous les adresserai. Il en faut entre 14 et 18 pour que ça corresponde à 7 à 9 semaines avec 2 séances par semaine. Car les enfants ont besoin de temps pour entrer dans le jeu. Voir les détails pages 230-234.
mireille.brigaudiot@free.fr

ATTENTION à la place de ce jeu dans l’année de GS

Ce jeu ne peut pas être proposé dans une classe où les enfants n’ont JAMAIS assisté à l’écriture bruitée par l’enseignant. Car les pratiques dominantes de maternelle consistent, hélas, pour l’instant, à entraîner les enfants à reconnaître les lettres et les nommer. Or pour découvrir le principe alphabétique les enfants ont besoin de NE PAS dire le nom des lettres dans un premier temps. Ils doivent bloquer leur activité cognitive sur ce qu’ils entendent. C’est beaucoup beaucoup plus difficile. Et il leur faut du temps pour s’habituer à cette curieuse manière de faire pour pouvoir écrire (voir page 143 édition 2022).

Dans l’année de GS, l’enseignant doit donc commencer par bruiter-écrire chaque prénom, individuellement, devant chaque enfant. Et ça prend du temps parce qu’on le fait pour un (ou 2) enfant par jour. Il peut ensuite le faire sous forme de jeu collectif chaque matin: « aujourd’hui je vais écrire le prénom d’un enfant en vous montrant comme on apprend à écrire. Et je ne vous dis pas qui c’est parce que si vous écoutez bien, vous pouvez trouver l’enfant. Je commence par ‘ga’, c’est ‘g’ (prononcé gu)  et j’écris G (écrit la majuscule) et j’attache ‘a’ et ça fait ‘ga’. Maintenant je vais écrire ‘el’ ça s’écrit E, L, L , E (écrit en continuant en cursive). Et voilà, vous savez à qui est ce prénom ».
Un jeu suivant est le fait de « phonémiser » des prénoms SANS ECRIRE (pages 152-153). Les enfants n’ont que (c’est une manière de dire alors que c’est difficile) la suite des phonèmes à mémoriser pour les « assembler » mentalement et dire le prénom. Les enseignants doivent s’entrainer à le faire avec leur liste de prénoms: l – j – a – n – a est difficile à reconstruire…  Ils ont pour cela, la liste des phonèmes du français (pages 144 – 149).

Et tous ces principes viennent du fait qu’un enfant n’apprend pas du tout de la même manière une lettre = un son et une lettre = une forme.
La première correspondance est très très difficile: c’est celle qu’on travaille dans mes propositions.
La seconde est très très facile: tous les enfants peuvent nommer une lettre par reconnaissance visuelle dès 2 ans, et ça ne sert pas à lire.
Pour comprendre l’obsession des adultes pour la reconnaissance visuelle et la nomination des lettres, il faut lire ce que j’écris page 217 de mon livre, dans la note de page. En effet, des chercheurs apportent « une preuve » que les enfants utilisent le nom des lettres pour encoder. Sauf que. Ces chercheurs leur donnent auparavant seulement des lettres dont le nom correspond à une syllabe du français: bé comme dans « bêtise », té comme dans « téléphone », ache comme dans « acheter ». Ainsi, munis de ce savoir (B, P, H, T…) les enfants peuvent l’utiliser pour écrire, à condition qu’ils entendent ces fameuses lettres: ils écrivent B i pour « bêtise », Pa  pour « pétale », GHT pour « j’ai acheté » etc. C’est un cas très particulier qui ne peut pas donner aux enfants une loi générale, un PRINCIPE. Seule la découverte de l’écriture qui nécessite TOUJOURS de bruiter pour choisir des lettres, va les aider.

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