Comptines

On se reportera au suivi de la TPS en REP+, à la fin du chapitre 4, pour le début de cette question. Au milieu de l’année de ce niveau particulier de la scolarité en maternelle, d’une part, tous les enfants ne parlent pas encore très distinctement, d’autre part un des enjeux scolaires de la classe est la constitution du groupe d’enfants afin qu’ils se ressentent « à l’école » et tous dans la même aventure. Et on voit dans l’analyse proposée que les comptines mimées sont particulièrement adaptées à ces 2 questions. Je vais donc ici proposer quelques repères pour les utilisations des comptines, à réfléchir, sur toute la scolarité de maternelle.

En TPS ET PS

Durant ces deux années, la grande confiance des enfants pour leur maîtresse (ou leur maître) les conduit à s’intéresser à ces moments dont ils voient très bien l’originalité, pour plusieurs raisons: ça se passe toujours en regroupement, la maîtresse change sa voix (elle parle moins fort, plus lentement, et articule autrement que lorsqu’elle parle) et donc sa bouche. Car, chères maîtresses, n’oubliez jamais que vos élèves regardent vos lèvres sur lesquelles ils prennent maints indices pour pouvoir, à leur tour, parler et articuler.
De plus, et ce n’est pas un détail, les suites sonores qu’elles prononcent alors sont très faciles à répéter. Même pour moi, l’enfant qui ne sais pas encore parler. Cette facilitation vient du débit lent, du rythme et des rimes.
Débit lent, rythme et rimes ont, ensemble, une conséquence: les différentes répétitions d’une comptine vont offrir aux enfants (qui sont toujours face à l’enseignant) une adéquation parfaite entre les morceaux de langues articulées (majoritairement des syllabes) et ce qu’on entend à ce moment là.
Si je dis « pam pam pam — pam pam pam — pam pam pam« 
vous pouvez reconnaître la comptine « Monsieur pouce ». C’est son rythme. On peut l’obtenir en frappant. Il ne lui manque, et c’est très important, que la mélodie (que je ne peux pas dessiner ici) montante, descendante, montante puis haute et plate.
Les syllabes sont des éléments sonores contenant une et une seule voyelle (voir les différentes syllabes dans mon livre page 144 et suivantes). Elles sont perçues par les bébés dès les premiers mois de la vie car les « con-sonnes » (littéralement avec du son) mettent les voyelles en relief. Cela explique qu’à quelques mois les premières productions articulées appartiennent au babil ; ce sont des suites de syllabes redupliquées et « chantonnées ».
Les rimes permettent de se repérer dans les textes des comptines parce qu’elles correspondent le plus souvent à des fins d’énoncés, avec baisse de l’intonation et prononcées fortement.
Tous les ingrédients du langage articulé sont présents: relation à un adulte précieux, mélodie du langage, syllabes et rythme, tranquillement.
Mais en plus, il y a les gestes, toujours exactement les mêmes, et parfois, en plus, c’est rigolo. Super.

Je rappelle que les gestes sont des supports de mémorisation intermodale (voir chapitre 4) et qu’ils permettent de participer au groupe même sans langage.
D’ailleurs, la maîtresse de la TPS suivie cette année remarque à quel point les comptines sont des embrayeurs de la prise de parole: un enfant mutique se met à dire un texte tout fort, un autre finit quand la maîtresse s’interrompt, etc.
C’est ce qui m’a conduite à évoquer les moments où la maîtresse demande si un ou deux enfants veulent venir devant le groupe pour dire une comptine (Langage et école maternelle page 84). Quand on a bien travaillé dans une bonne ambiance de classe, ils sont nombreux à vouloir le faire en fin de PS. Bien sûr l’adulte les aide, ce n’est pas un exercice de diction! c’est seulement un jeu pour montrer qu’on est tous contents d’être là à ce moment-là. Et ça donne de l’assurance aux enfants.

On remarquera que je ne parle pas du sens porté par la comptine. Simplement parce que ce n’est pas intéressant. Non seulement, les textes des comptines ne sont pas compréhensibles pour les enfants de ces niveaux de classe (ils sont poétiques ou métalinguistiques), mais en plus ils ne sont pas faits pour ça. La preuve, une souris verte qui devient un escargot tout chaud quand elle va dans l’huile…
Je milite pour que les maîtres ne cherchent pas à donner une valeur sémantique aux textes des comptines, ne cherchent pas à dessiner des éléments référentiels entendus, ne cherchent pas à lire les textes des comptines dans des livres, etc. Tout ça viendra plus tard. Pour l’instant, on entend, on mime des gestes, et on répète.
Voici donc les comptines les plus connues, très adaptées à ce niveau, et accompagnées de gestes.

Toc toc Monsieur Pouce
Les petits poissons

Tourne tourne petit moulin
Jamais on a vu
Une fourmi m’a piqué la main
Petit escargot
L’araignée Gipsy
Pomme de reinette
P’tit lapin plein de poils
Zimbadaboum

Ici dite par Charles, 7 ans après la vidéo du chapitre 4…


En MS ET GS

A ces niveaux de scolarité, les enfants sont tous, au moins un peu parleurs. Ils ont plus de mémoire. Ils sont plus attentifs lors des regroupements.
C’est pourquoi les comptines – récits sont plus adaptées.
Il s’agit de textes qui « racontent » des histoires, parfois même assez longues. Du coup, quand on les apprend et quand on les dit, à tous les paramètres précédents (mots – gestes – rimes) s’ajoute le moment du récit qu’il faut dire dans l’ordre. Dans la comptine de la pomme, elle commence par tomber, puis écrase l’escargot, puis l’escargot se plaint, etc. On ne peut pas changer cette suite.
Les refrains sont toujours accompagnés des mêmes gestes et ça aide.

Voici quelques unes de ces comptines, qu’on peut retrouver sur internet.

C’est la baleine qui tourne et vire (difficulté des doigts qu’il faut replier peu à peu)
Dans sa maison un grand cerf
Tous les légumes
Il y a avait une pomme
Arlequin dans sa boutique (difficile)
Il était une bergère qui allait au marché
En rentrant du cinéma
Promenons nous dans le bois

xxx