Alertes

 

Alerte pour l’objectif 1

Entrer en communication ne veut pas dire parler. Les enfants qui sont déstabilisés et/ou par un nouveau cadre de vie (la collectivité scolaire), par la perte des figures d’attachement (ne plus voir ni un parent ni un aîné), par la perte de la compréhension de la langue (les nouveaux arrivants non-francophones), etc, ont besoin de nombreux signaux venant de l’enseignante pour avoir envie d’exprimer quelque chose. On le voit bien aux sourires de Dylan dans la vidéo « Bravo ! ». Ce sont les moments où il se « retrouve » psychiquement : il est valorisé, il retrouve le personnage disparu dans la boîte de jouets, il entend que le personnage de l’histoire est réconforté.

Dans les documents ressources, les exemples sont particulièrement désastreux sur ce point.

Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Ressources maternelle – Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions Partie I.1 – L’oral – L’oral travaillé dans les situations ordinaires http://eduscol.education.fr/ressources-maternelle. Citation page 11  :

Faire des surprises : des « blagues » possibles vont amorcer d’autres formes de communication. Le maître aura changé la place des panières, permuté les vêtements à l’intérieur des panières, fait un nœud à quelques manches, etc. Qui a donc pu faire cette plaisanterie ? » Régulation de l’enseignant : C’est l’occasion de demander à ceux qui étaient réveillés avant s’ils ont vu quelque chose. Mais l’enseignant peut aussi évoquer des possibles : « C’est le petit lutin, je l’ai vu, il est venu pendant que vous dormiez, mais je n’ai pas pu l’en empêcher, il a fait trop vite » ou bien « C’est peut-être la marionnette qui fait des plaisanteries, elle n’est plus à sa place ; on l’interrogera plus tard… » Il attend des commentaires, des questions qui viennent ou ne viennent pas… Il invite l’enfant à trouver une solution (« Comment peux-tu faire ? ») et lui propose de l’aider s’il voit son incapacité.

Je pense exactement l’inverse. Plus les enfants craignent ce nouvel environnement, que ce soit à cause de leur jeune âge ou pour d’autres raisons, moins ils apprécient les surprises qui rajoutent du stress à l’inquiétude. Et que dire de cette anti-clarté cognitive bien navrante… Une maîtresse qui a VU le petit lutin ! Il y a de quoi être paniqué. Plus aucun appui cognitif n’est possible, c’est le registre émotionnel qui prend le dessus.

Il y a aussi cette habitude des questions fermées pour « faire parler » et dont nous sommes nombreux à souligner les méfaits.

Autre citation page 11 :

L’adulte invite l’enfant à aller aux toilettes et à s’habiller. Il le guide dans sa recherche en lui donnant des indices ou bien en lui faisant chercher les indices (suivant le degré de réveil) : « où as-tu mis ta panière ? Que peux-tu reconnaître sur ta panière ? » ; « montre-moi la photo qui est sur la panière » ; « est-ce bien toi sur la photo ? » « Ton pull est de quelle couleur aujourd’hui ? » « As-tu des baskets ou des bottes ? » L’enseignant verbalise les étapes successives de l’habillage. Il peut demander à l’enfant de l’exprimer lui-même ; il peut lui poser des questions : « Quel vêtement enfiles-tu en premier ? Et après ? »

Ces questions très scolaires n’ont rien à voir avec le langage ordinaire que les enfants ont l’habitude d’entendre. De plus, elles ne servent qu’à valoriser les enfants les plus brillants à l’oral. Reportez-vous aux pages 59-61 et 76-84 du livre. Vous y verrez maints exemples de démarrages de communication sans aucune question des maîtresses, mais bien calés sur les ressentis et les intérêts des enfants.

Alerte pour l’objectif 8

Faire la découverte du principe alphabétique c’est comprendre que les lettres, en français, sont des signes particuliers qui valent (représentent) essentiellement du sonore. Et ce n’est que cette découverte  qui relève de la maternelle. L’utilisation volontaire, systématique, du principe, c’est pour le cycle 2.
On a 3 attendus de fin de cycle 1 dans les documents ministériels :

  • Ce qui est mentionné dans le Programme  maternelle (B.O. d’avril 2015)
  • Ce qui apparaît dans les documents dits « Ressources » sur Eduscol, dans la rubrique Langage (septembre 2015)
  • Ce qui est proposé comme attendu de fin de cycle dans le document Eduscol « suivi-évaluation »  (mai 2016).
    Je propose ici de revenir sur ces 3 propositions.L’attendu de fin de cycle du texte officiel ne correspond pas au reste du texte du Programme. En effet, on y lit que les enfants de fin de GS doivent pouvoir « écrire seul un mot en utilisant des lettres ou groupes de lettres empruntées aux mots connus». Pour aller chercher ces signes dans des mots, on fait comme si les enfants étaient donc un peu lecteurs (en réception). Or le programme est clair : « La progressivité de l’enseignement à l’école maternelle nécessite de commencer par l’écriture… Le chemin inverse, qui va de l’écrit vers l’oral, sera pratiqué plus tard quand les enfants commenceront à apprendre à lire. ». Je rappelle donc que l’attendu de fin de cycle présent dans le projet de Programme était : « écrire seul un mot en utilisant des lettres ou groupes de lettres qui, en étant lus, reproduisent au moins partiellement la sonorité du mot ». Et là, on était cohérent. Avec l’actuel attendu de fin de cycle, on perdra les enfants les plus éloignés de la découverte du P.A…

Le document « Ressources maternelle, Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions, Partie III.2 – L’écrit – Découvrir le principe alphabétique » est très surprenant. Alors que « l’enjeu pour l’enseignant» y est bien défini (passer de repères visuels à des repères sonores), voici les attendus de fin d’école maternelle:

  • différencier explicitement le signifiant et le signifié, la forme et le sens,
  • connaître le lexique qui nomme la langue, qui permet de la décrire ou de la manipuler : mot, lettre, syllabe, son, phrase, texte, ligne, majuscules.

Je ne commenterai pas le premier item qui n’est à la portée que d’adultes experts. Quant au second, il n’a rien à voir avec la découverte du principe alphabétique.

Le document le plus récent porte sur l’évaluation. Il mentionne des « observables d’indicateurs de progrès ». Et voici les attendus de fin de cycle pour l’objectif Découvrir le principe alphabétique :

Manifester de la curiosité par rapport à l’écrit. Pouvoir redire les mots d’une phrase écrite après sa lecture par l’adulte, les mots du titre connu d’un livre ou d’un texte
Reconnaître les lettres de l’alphabet et connaître les correspondances entre les trois manières de les écrire : cursive, script, capitales d’imprimerie.
Copier à l’aide d’un clavier.

Ici, aucun des 3  items ne correspond à la découverte du principe alphabétique.

Au fur et à mesure que les documents ressources s’accumulent, on s’éloigne de l’objectif « Découverte d’un principe » en accumulant tout ce qui pourrait avoir un lien avec l’alphabet et son écriture. Toutes ces savoir-faire accumulés vont perdre, à coup sûr, les enfants qui ont le plus besoin d’autre chose. Cette autre chose, c’est un maître bien au clair avec ce qu’il veut pour les enfants et qui « bruite » pour leur montrer comment fonctionne le principe alphabétique à Livre, pages 209 à 226.