Classe fictive

Je reçois beaucoup de questions et de remarques à propos de ce travail spécifique à la GS que j’ai appelé « la classe fictive » et qui a comme seul objectif Découvrir le principe alphabétique (obj 8).

Commençons par un détail pratique pour vous éviter de perdre du temps à créer le tableau de départ avec la maîtresse et les élèves de cette fausse classe. Les silhouettes telles qu’elles sont dans le livre (page 221) ont été achetées sur un site. Vous pouvez les acheter (entre 2 et 12 euros selon la taille souhaitée), puis télécharger les silhouettes afin de les imprimer et d’en faire définitivement les usages que vous voulez. Cliquez ici pour le site.

Il s’agit d’un « scénario » d’apprentissage : déroulement d’une séquence scolaire incluant un but, des moyens, des résultats attendus selon les niveaux de la scolarité.

Ce scénario s’intègre dans le Programme 2015 pour l’école maternelle, rubriques Découvrir le principe alphabétique ET Essais d’écritures de mots.

Sur le plan du contenu d’apprentissage, le but est que tous les enfants découvrent la valeur sonore des lettres avant de quitter la maternelle.

Le niveau scolaire du scénario est la grande section mais ce peut être pour une moyenne – grande section à condition que le maître soit très au clair avec les réponses possibles des enfants (attendus).

Les résultats attendus sont des tracés d’enfants que le maître interprète en termes de conception plus ou moins éloignée de la découverte du principe alphabétique. Voir page 216 du livre :

  • enfant très « loin » de la découverte du P.A., par exemple tracés de la page 217 obtenus en PS ainsi que les écritures de « trois ours marrons » par 2 enfants page 218
  • enfant très « près » de la découverte du P.A., par exemple l’écriture de Charlène page 218 car elle montre qu’elle entend plein de « O » dans cocorico et elle trace plusieurs fois la lettre correspondante
  • enfant qui vient de faire la découverte du P.A., Mathieu page 217 avec la commande du beau ver dodu, Kamil page 218 avec cocorico, Rania page 241 et Samuel page 242 avec Toc toc toc
  • enfant qui a fait la découverte du P.A. depuis un certain temps, Célia, Nadir, Roger et Marine avec le beau ver dodu page 217, Ella page 225 avec la commande d’écriture « Julia ».

Je vais maintenant décrire l’essentiel du contenu et de la forme du scénario.

CONTENU du scénario

  1. il mobilise la valeur symbolique de l’écrit de la manière la plus « évidente » possible pour des enfants. C’est donc un seul mot qu’on va leur demander. Ce mot n’est possiblement entendu dans la vraie vie que seul, sans déterminant (« chat » et « un chat »), sans désinence possible (« un chat » et « une chatte »), sans marque du pluriel audible (« un cheval » et «des chevaux »). Ce mot entendu en une seule chaîne sonore correspond à un seul référent dans le monde (il y un chat chez ma Mamie et un chez ma Nounou alors que Jacqueline, c’est sûr, c’est seulement ma Nounou). Le mot commandé est, pour toutes ces raisons, un prénom.

Pour être encore plus sûr que ce mot est un signifiant univoque, il accompagne un dessin, référence à une personne unique.

  1. il mobilise de l’affect chez les enfants. Le prénom sera donc celui d’un enfant, « comme moi ».
  2. s’agissant de commande d’écriture à partir d’une chaîne sonore, il faut que celle-ci soit particulièrement « facile » à entendre, découper, dire, redire. Les prénoms non français ou d’origine non française sont plus simples pour tout ça. Ils évacuent l’audition des « E » dits muets (dans Jacqueline) et se terminent souvent par des voyelles (Sonia, Aziza, Antonina). Ils sont souvent décomposables en Voyelle ou Consonne Voyelle (a – zi- za) ce qui est plus simple à entendre que Consonne Voyelle Consonne (lal dans Bilal).
  3. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte qui décompose une chaîne sonore: d’abord en éléments syllabes puis pour chaque syllabe en éléments phonèmes.
  4. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte alphabétisé qui choisit des signes – lettres : « j’entends [wa] il faut que j’écrive les lettres O et I ».
  5. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte qui trace en utilisant l’écriture de tous les adultes, la cursive et en assemblant des lettres.
  6. le scénario montre aux enfants l’expertise d’un adulte qui vérifie ce qu’il vient d’écrire en le lisant.
  7. le scénario est un outil fabuleux pour le maître qui obtient facilement un suivi longitudinal des performances de chaque enfant (évaluation).
  8. le scénario est un outil fabuleux pour les enfants qui voient régulièrement le maître expliquer les procédures des enfants en regard de ses propres procédures (I et P de V.I.P.).
  9. le rassemblement des portraits et écritures de chaque enfant dans un classeur ou cahier constitue, pour lui, la preuve de ses progrès et capacités.

FORME du scénario

  1. le scénario est un jeu!!! Surtout pas de forme scolaire. Surtout pas de pression sur les enfants pour qu’ils produisent telle écriture plutôt que telle autre. Surtout pas de concurrence entre enfants qui réussiraient et enfants qui échoueraient. Tous jouent. On regarde tous les résultats. Et on les trouve tous rigolos. Le maître félicite toujours les enfants car ils sont en exploit puisqu’ils essaient de faire quelque chose qu’ils ne savent pas faire (le V de V.I.P.).

La seule différence avec les autres jeux est que la maîtresse rappelle régulièrement aux enfants « ça vous aide à commencer à lire et à écrire !! » (clarté cognitive).

Pour être sûr qu’on est dans du jeu, la commande est insérée dans une histoire de fiction.

  1. comme pour tous les jeux, les enfants ont besoin de jouer souvent et régulièrement (réitération) pour bien comprendre ce que veut la maîtresse.
  2. au fur et à mesure que les enfants jouent à ce jeu, ils anticipent la commande puis les résultats possibles.
  3. l’avancée du jeu est matérialisée par l’évolution de la photo de classe qui est composée des dessins des enfants eux-mêmes et du prénom correspondant. Les enfants se ressentent partie prenante d’un jeu collectif.

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