Langage

Langage et symbolisme

A l’école maternelle, le langage doit être traité en tant qu’activité symbolique : pour un sujet, tous les mots, entendus, dits, écrits, pensés, dans des contextes de sens, « valent » autre chose que ce qu’ils disent. Les enfants s’approprient les symboles de leurs groupes sociaux, dont les symboles langagiers. Ils se construisent des représentations de nos habitudes, nos manières d’être, nos manières de dire.
Quand ils sont en langage intérieur (la réception-compréhension par exemple) ou d’oral adressé, on peut considérer qu’ils s’approprient des représentations internes: chaque sujet-enfant « fait ce qu’il peut » de ce qu’il a pris de son entourage. En quelque sorte, il prend, modifie, croise, remodèle, généralise, etc. Quand il s’agit de signes inventés par l’homme et dérivés des signes de représentations internes, on peut parler de représentations externes : c’est l’écrit, le dessin, les notations numériques, les sigles, etc, culturels et second par rapport à l’oral. C’est pourquoi ce monde nécessite du temps car il est second par rapport aux symboles mobilisés par les représentations internes.

Cette question du symbolique est ce qui fait dire à Benveniste que l’acte de parole est singulier. Il est toujours une construction de sens grâce à des signes, et adressée par un sujet particulier à un autre sujet particulier. Cela conduit Benveniste à la célèbre maxime : « dire bonjour chaque jour de sa vie à quelqu’un, c’est chaque fois une réinvention ».

J’appelle « être en langage » chez un enfant de 2 ans, 3 ans, 4 ans, 5 ans le fait de produire du sens avec des mots ou des gestes ou un déplacement ou le regard, le fait de penser avec des mots, le fait d’essayer de comprendre les énoncés qu’on lui adresse ou le fait de parler pour dire quelque chose d’important pour lui. Il s’agit d’ACTIVITES (du sujet) SYMBOLIQUES (qui valent autre chose que ce qu’autrui perçoit). Des représentations sont en jeu.

A l’école maternelle, les sujets sont très jeunes. Il ne faut donc pas oublier le titre du livre de Jérôme Bruner: « Savoir faire, savoir dire ». Car certains gestes du bébé sont des précurseurs d’énoncés. Par exemple, une maman joue plusieurs fois à caché! coucou avec son bébé puis s’arrête. Celui-ci gigote, fait des bruits de bouche: elle interprète, et même « paraphrase » ce qu’il dit: recommence, j’adore ce jeu. Et elle recommence. Les deux interlocuteurs sont alors dans le partage – connivence: le jeu de cache est un moment de bonheur pour eux deux et ils le savent. Pas les autres personnes…

Peu à peu ces scènes de connivence vont se multiplier et évoluer. Autour de 3 ans, un enfant ayant une vie sans ruptures de cadre et de langue partagera beaucoup de son groupe. Au point de se faire comprendre par de très nombreux partenaires.