Un carnet de progrès de 4 à 5 ans

Retrouvez le carnet de progrès de Charles de 3 à 4 ans en cliquant ici.

4 ans 2 mois

Charles entre en Moyenne Section.

Il est virtuose dans les activités langagières, il est « à l’heure » dans la conquête numérique, et il est un peu en retrait sur le plan moteur. D’où les encouragements de son père.

Langage, cognition et « méta »

Charles parle comme un adulte, même s’il lui arrive de faire le timide devant quelqu’un qu’il ne connaît pas. Avec « ses » adultes habituels, il parle sans arrêt, avec du vocabulaire précis (« non c’est pas un cochon c’est une truie ») et parfois des formules extrêmement sophistiquées (avec un paquet de gâteaux, « je vais prendre aussi celui-là au cas où j’aurais encore faim »).
Si on accepte l’idée selon laquelle l’oral est la modalité extériorisée du langage, on comprend mieux comme il utilise ce matériau dans ses opérations cognitives. Voilà un exemple durant ces innombrables jeux de faire semblant avec des figurines d’animaux, avec de belles traces de « théorie de l’esprit » :
C – alors on dirait que c’est un corbeau gentil. I veut plus manger les lapins, i dit « bon j’ai assez mangé ». Mais comme les lapins i savaient pas qu’il était devenu gentil, i se cachent. I vont guetter et quand ils le voient i vont vite chercher le mouton. Parce que le mouton il est vraiment pas bête. I va faire semblant de dormir et i va chasser le corbeau quand i va s’approcher. »

Et une première organisation du temps et de l’espace qui n’est pas encore en place parce qu’il manque…

Commençons par cet extrait de récit durant lequel Charles résume la durée du trajet en avion qu’il a fait il y a presque 2 ans ( !!) pour aller en Martinique. Il vient de dire plusieurs fois que le voyage était très très long parce que c’était très très loin.

Bien sûr, les images mentales du vol mémorisé croisent celles du quotidien à la maison : « on se lave les dents » (maison) et « les parents i regardent leur film » (avion). Et ça n’a vraiment aucune importance par rapport à l’exploit de ce récit. Quel est-il ? Celui de mentionner chronologiquement tous les moments du séjour dans l’avion afin de montrer à son interlocutrice à quel point la Martinique c’est loin !! On a donc une trace de traitement cognitif de la question :
une grande durée pour aller d’un point à un autre = une grande distance entre les 2 points,
c’est-à-dire le fait que l’espace et le temps ont quelque chose en commun. Oui, ils ont en commun le SUJET qui les VIT et les PENSE. Car l’espace et le temps ne sont pas des objets du monde, ils sont des enveloppes de nos vies et la possibilité de les comprendre et de les organiser va permettre aux enfants de les subir de moins en moins et d’être de plus en plus décideurs. Vive cette liberté!
Cette acquisition est décisive et peu d’enfants de cet âge en sont là. Les parents le savent, ils connaissent bien la formule « c’est bientôt qu’on est arrivés ? » alors qu’ils viennent de partir. Qu’est-ce qu’il  « manque » à ces enfants  pour supporter l’impatience ? Réponse : des connaissances à appliquer au réel quel qu’il soit, en dehors de leur affect.
Ici, s’agissant de durée, on voit que Charles s’en sort très bien  parce qu’il peut mettre le réel à distance en citant des faits et qu’il peut accumuler  pour que ça fasse beaucoup. Donc la quantité joue. Et ce n’est pas seulement là qu’elle joue car Charles va faire son récit 3 fois (l’extrait est le premier épisode) avec 3 dodos et 3 journées pour montrer à quel point ça dure longtemps. Ce n’est pas le hasard : 3 est la quantité qu’il maîtrise à la vue de 3 objets, quels qu’ils soient, sans les dénombrer, et il sait que 2 et encore 1,  ça fait 3.
Voilà donc un beau projet de travail à partir de la MS : les aider à une première appréhension du temps. C’est le bon moment. Et les enfants penseront le temps comme des adultes vers 16 ans…
Pour les aider, donnez-leur un emploi du temps journalier (par exemple en écrivant devant eux la liste de ce qu’ils vont faire), expliquez-leur ce qu’est un jour et la suite des jours, au diable les étiquettes « aujourd’hui on est… demain on sera ». Dites-leur comment s’appelle le jour qu’ils vont vivre (éviter « on va faire la date ») et écrivez-le au tableau: Lundi 6 Septembre. Avec des majuscules et en bruitant (objectif 8).  Au bout de quelque temps, faites-leur apprendre par coeur « lundi, mardi, mercredi » et quand TOUS le savent, passez à « jeudi, vendredi ». Il suffira de dire plus tard qu’il reste les 2 jours sans école, « samedi, dimanche ». A la rentrée de janvier vous pourrez sortir, comme un événement, le calendrier de la classe. On en reparlera.

xxx

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